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Projet de parc éolien offshore « des 2 îles »

Le projet se précise, la décision gouvernementale approche mais à quand un débat vraiment public ?


Depuis un an et demi, les réunions et prises de position se succèdent au sujet du parc éolien offshore « des 2 îles » développé par la société WPD (Wind Project Development. Plusieurs enjeux justifient l'engouement pour cette énergie. Un enjeu écologique car la France s'est engagée, comme les autres pays européens, à augmenter sa production d'énergies renouvelables à l'horizon 2020. Un enjeu économique car dans un secteur en pleine expansion où l'électricité sera rachetée, pour un temps au moins, largement au-dessus du prix du marché, de grands groupes peuvent espérer des bénéfices conséquents. Mais aussi des enjeux plus locaux en terme d'emplois et de maintien du tissu industriel.

La première présentation du projet remonte au 11 décembre 2008 lors d’une réunion du Conseil économique et social local (CESL). Pour WPD, il était alors question d’installer 120 éoliennes d’une capacité de production de 5MW chacune dans une zone à l’ouest de la bouée des Bœufs entre Yeu et Noirmoutier. Les participants s’interrogeaient déjà sur l’opportunité de placer un parc éolien offshore à proximité de nos côtes, sur les impacts possibles sur l’environnement, la pêche et le tourisme. Mais aussi sur les recettes financières potentielles pour la commune de l’île d’Yeu et sur les responsabilités lors du démantèlement éventuel du parc en fin d’activité.

À vrai dire, le débat n’a pas tellement évolué puisque les mêmes questions ont été posées lors des deux dernières réunions. Celle de NENY (Non aux éoliennes entre Noirmoutier et Yeu) s’est déroulée le 21 avril dernier à la salle 3 de la Citadelle. M. Jean-Pierre Huguet, le Président de l’association, y a fait part de ses craintes au niveau de l’impact visuel, des risques de déviation des courants marins et des conséquences sur le littoral et l’ensablement du chenal de Fromentine. Il a insisté sur la faible production de CO2 de la France en raison de sa production nucléaire d’électricité et remis en cause un investissement colossal payé en partie par le consommateur.
À la fin de cette réunion, lors du débat entre l’assistance et les représentants de l’association, un marin retraité, M. Marc Taraud, le chanteur des Tribordais, a clairement exprimé son opposition, ne voulant pas « laisser une pollution dans la mer à ses petits-enfants. » M. Sébastien Chauvet, secrétaire du Comité local et conseiller municipal, a rappelé que ces deux assemblées n’avaient pour l’heure émis qu’un « avis non-défavorable, » en attendant les résultats des études d’impact. Mme Hervé, suppléante du député Poniatowski, a invité la population à rester vigilante car, au jeu des appels d’offres, ce ne serait peut-être pas la société WPD qui aurait le marché et que les promesses faites, notamment en terme d’emplois locaux, ne seraient alors peut-être pas tenues. Face à cette mise en garde, le Président de l’UCA, M. Cédric Féliot, a revendiqué « le droit d’espérer. » M. Dominique Groisard, Président d’Aller-Retour, a rappelé qu’il y a « cinquante ans personne n’aurait imaginé que le tourisme engendrerait autant d’emplois sur l’île. »

Mercredi 26 mai, au Casino et sur invitation du Maire et de l’équipe municipale aux membres du CESL, du Comité local des pêches et aux présidents d’association, la société WPD a présenté les résultats des études d’impact. Un document « très avancé, quasi finalisé » selon M. Brice Cousin, chef de projet à WPD, qui a d’abord présenté la société implantée dans 21 pays dans le monde. Il a précisé que ce groupe de 400 employés, dont la maison mère est située à Brême, en Allemagne, est « un simple développeur de projets » éoliens qui peut parfois les revendre tout en restant à la tête de l’exploitation comme dans le cas de son chantier Baltic 1 dans lequel il est associé à EnBW, filiale germanique d’EDF. M. Cousin ne s’est d’ailleurs pas caché du fait qu’au moment de lancer le chantier « des 2 îles », WPD entendait s’associer à un groupe « aux poches plus profondes » pour réunir le milliard et demi nécessaire.
Dans son tour d’horizon des différents impacts sur la faune, les fonds marins, la pêche, le tourisme, etc, il s’est attaché à rassurer son auditoire. Le travail de concertation mené depuis plusieurs années a permis de définir une zone d’impacts « faibles ou modérés » très précise à 13km au nord de l’île d’Yeu et 16,5 km à l’ouest de l’Epine (Noirmoutier). Dans cette zone, il est désormais question d’installer 96 éoliennes de 6 mégawatts chacune.
Lors du débat qui a suivi, M. Cousin a pu détailler la plupart des points de son étude. Répondant d’abord à une question de Mme Catherine Tavernier, il a précisé que la dimension du parc dépendait de l’économie de ce type de projet : plus on est loin du rivage, plus il faut d’éoliennes pour rentabiliser l’investissement. Mais l’Etat impose aussi de concentrer les parcs pour éviter le mitage de l’horizon. Le projet « des 2 îles » serait le second en terme d’éloignement du littoral français.
Mme Bulteau, Vice-présidente du Conseil régional et conseillère générale du canton de La Roche sud, a demandé des précisions sur le démantèlement du parc en fin d’exploitation. M. Cousin a alors expliqué que le porteur du projet devait alimenter un fonds spécifique pour le démantèlement du parc. Des garanties à ce sujet sont d’ailleurs à apporter dans la réponse aux appels d’offres.
L’un des membres du groupe de réflexion sur l’emploi et la formation sur l’île, mis en place par la Mairie, a interrogé le représentant de WPD sur les possibilités de formation à créer localement. M. Cousin a rappelé qu’un BTS en maintenance d’éoliennes avait été créé au Mans mais qu’il imaginait mal quel type de formation spécifique pourrait être initié sur un territoire comme l’île d’Yeu qui manque de structures dans ce domaine. Il faut d’ailleurs reconnaître la prudence de M. Cousin qui ne se risque pas à des promesses faciles.
M. Pierre Nolleau, Président de l’Office de tourisme, a interpellé le développeur du projet sur la question des emplois locaux. M. Cousin a assuré qu’à l’heure actuelle, si le projet aboutissait, la balance pencherait plutôt en faveur de l’île d’Yeu en raison de sa plus grande proximité avec le parc, de la meilleure accessibilité de son port par rapport à celui de L’Herbaudière et de la possibilité d’installer un entrepôt à proximité de la zone portuaire. Il serait question de 44 emplois de techniciens qui représenteraient un espoir pour M. Bruno Noury, Maire de l’île d’Yeu, de revivifier une population vieillissante.
M. Bruno Johan, gérant d’Océan Numérique, a évoqué la question des recettes financières potentielles pour la commune de l’île d’Yeu. M. Cousin a expliqué que les parlementaires français avaient créé une taxe de 12.000 euros par an et par mégawatt potentiel. Cette taxe sera reversée pour moitié à un fonds dédié à la pêche géré par le Conseil général et, pour l’autre moitié, aux communes voisines du parc en fonction de leur distance avec l’installation et de leur population.
Enfin, M. Bernard Martin, patron du Christemca, a expliqué son opposition au projet en raison des risques sur la pêche. Il s’imaginerait mal mouiller ses filets en pleine nuit entre les éoliennes. Le voyage d’études en Angleterre ne l’a visiblement pas convaincu. Mais il s’est dit prêt, si la majorité l’emportait en faveur de ce projet, à travailler pour l’entreprise gestionnaire.

Ne serait-il donc pas temps d’organiser un débat vraiment public, voire un référendum comme cela avait été proposé par M. Vienne lors du CESL de décembre 2008 ? En effet, on lit avec le plus grand étonnement, à la page 5 du compte-rendu de la réunion de concertation du 27 janvier 2010 organisée par les Préfectures de la Région et de la façade maritime de l'Atlantique, que « M. Groisard, pêcheur à l'île d'Yeu, indique que l'île d'Yeu est favorable au projet de WPD (…). » Sur quelle base peut-on bien affirmer cela ?

Les prochaines étapes du projet sont connues. En juillet prochain, le gouvernement communiquera les zones dans lesquelles seront implantés des parcs éoliens offshore. On peut raisonnablement penser que la zone « des 2 îles » a de bonnes chances d’être retenue. Ensuite, peut-être en septembre, les appels d’offres seront publiés. Même si l’Etat annonce vouloir privilégier les projets les plus matures, donc ceux défendus par des développeurs y travaillant depuis longtemps, WPD n’a aucune garantie de partir avec un quelconque avantage. Si ce n’est celui des trois ans d’avance sur les autres entreprises susceptibles de répondre.
Dans le compte-rendu de la réunion de concertation du 27 janvier 2010, c’est l’échéance de 2015 qui est évoquée pour un raccordement du parc au réseau d’électricité.

Frédéric Violeau

Nota bene :
Les arguments des partisans et des opposants au projet de parc, les lecteurs de la Gazette pourront les lire plus en détail dans son numéro de début juillet sous la forme de réponses de M. Michel Charuau, Vice-président de Yeu Demain dont le conseil d’administration a émis un avis favorable au projet, et de MM Jean-Pierre Huguet et Jean-Georges Chovet, respectivement Président et Vice-président de NENY. Sur le site d’Oya Films, il est possible de visionner des vidéos rendant compte des deux réunions. Il est aussi possible de consulter des documents intéressants dont le fameux compte-rendu de la réunion de concertation du 27 janvier dernier organisée par la Préfecture de Région et la Préfecture maritime.

Documents complémentaires pour la compréhension du projet (cliquez dessus chaque lien pour chaque document) :

Source des documents : DREAL des Pays de la Loire et le lien

Derniers éléments du dossier : Depuis la réunion pour les éoliennes, de nouveaux éléments sont venus enrichir le débat local : le gouvernement n’aurait pas inclus la zone dite « des 2 îles » dans les zones prioritaires. Toujours dans l’idée d’offrir aux Islais et aux amoureux de l’île d’Yeu, un maximum d’éléments d’information auxquels tout le monde n’a pas forcément accès, nous publions ici les lettres des différents acteurs du débat ayant pris position.


Samedi 24 avril 2010 - TF1 - L'île dYeu et l'insularité

Le samedi 24 avril, dans le journal de 13 heures de TF1, était diffusé des reportages sur l'ile d'Yeu et notamment sur les contraintes spécifiques d'insularité. Pour voir ces reportages, cliquez ici.

 


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